Orange mécanique (1971)

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Alexandre Delarge, dit Alex (Malcolm McDowell) est un sale petit voyou londonien d’une dix-huitaine d’années. Avec ses drougs (ses copains) Dim (Warren Clarke) et Georgie (James Marcus), il porte des vêtements excentriques, parle un argot anglo-russe, conduit des bolides volés, tabasse les clochards, se bagarre avec les gars d’une autre bande, saccage et viole au cours de leurs virées nocturnes. Il a déjà eu affaire à la police, puisqu’on lui a affecté un éducateur, Mr Deltoid (Aubrey Morris), qui désespère d’en faire quelque chose de potable, le méprise et le vouerait bien au diable. Sa seule qualité, Alex idolâtre Beethoven, spécialement la Neuvième Symphonie. Quant à ses parents, qui vivent en HLM et travaillent tous les deux, ils ne sont guère observateurs, sinon ils remarqueraient que leur fils ne va jamais au lycée, que les tiroirs de sa chambre sont bourrés de montres dérobées et de liasses de livres sterlings, et que sa chaîne hi-fi, une Beolab 5000 de Bang et Olufsen, un modèle de luxe des années 70, fait tache dans une piaule de lycéen sans travail.

Ainsi, un soir, Alex et ses drougs s’introduisent dans la demeure high tech d’un écrivain, Mr Alexander (Patrick Magee), saccagent tout et violent sa femme – dont on saura plus tard qu’elle va en mourir. Sévèrement molesté, l’écrivain finira dans un fauteuil roulant. Sympa, tout ça. Mais Alex, qui est le chef et se montre très arrogant, a vexé ses deux copains, qui décident de lui rendre la monnaie de sa pièce. Un soir que les trois compères projettent de cambrioler le luxueux appartement d’une artiste moderne, la Femme aux Chats (Miriam Karlin), Alex va trop loin et la tue. Alors, ses bons copains l’estourbissent et le livrent à la police ! De plus en plus sympa. Le plus heureux, dans tout cela, c’est Mr Deltoid, éducateur d’un nouveau genre, qui suggère aux policiers de le passer à tabac, ce que les braves flics de Sa Majesté Elisabeth se font un plaisir de faire. Puis Alex est jugé pour meurtre et envoyé en prison. Fin du premier acte.

Il faut te dire, lecteur, qu’à cette époque, le gouvernement britannique a quelques petits soucis : l’opposition se fait de plus en plus virulente, et la délinquance augmente. Solution envisagée, inspirée des vases communicants, vider les prisons des voyous qui l’encombrent, afin de faire de la place pour les opposants politiques trop remuants. Par chance (?), des scientifiques ont mis au point le traitement Ludovico, qui consiste à dégoûter de nuire les malfaisants : on associerait une drogue qui provoquerait des malaises chez le sujet, avec la projection de films de sexe et de violence ; le mélange des deux ferait que le patient se sentirait désormais très mal s’il se livrait à un des actes répréhensibles visés. Chimie plus psychiatrie, l’idéal. Et tu as déjà deviné, lecteur malin, qu’Alex va se porter volontaire pour essayer ce traitement encore expérimental, à seule fin de sortir plus vite. L’épreuve est pénible, mais elle réussit, et, lorsque le traitement est terminé, Alex est réduit à l’état de larve incapable de se défendre ! Fin du deuxième acte.

On libère donc Alex, et le calvaire démarre, à commencer par ceci : on avait sonorisé l’un des films Ludovico avec la Neuvième de Ludwig van, et Alex ne peut plus supporter cette musique ! Pour ne rien arranger, ses parents ont loué sa chambre et refusent de le reprendre sous leur toit. Puis Alex tombe sur ses anciens drougs… devenus policiers, et qui le passent à tabac. Enfin, à moitié mort, il se réfugie chez un quidam qui, par le plus grand des hasards cinématographiques, est cet écrivain dont il avait violé la femme, qu’il ne reconnaît pas, mais qui le reconnaît ! Il y a de la vengeance dans l’air. Les journaux ayant raconté l’aventure d’Alex en n’oubliant pas de mentionner le gag musical beethovénien, l’écrivain, qui est un de ces opposants au gouvernement, monte un coup avec ses amis : obliger Alex à écouter la musique de Beethoven, ce qui le conduira au suicide. Et ça marche aussi bien que s’il avait écouté du Mike Brant, Alex se jette par la fenêtre.

Scandale, car Alex s’est raté, il est blessé mais vivant, et les journaux traînent le gouvernement dans la boue pour avoir joué avec le psychisme des prisonniers. Seul recours, une bonne opération de communication : le ministre de l’Intérieur se déplace jusqu’à l’hôpital pour proposer un marché au blessé. On lui offre une sinécure bien payée, et la presse immortalisera la réconciliation entre la victime et le gouvernement. Alex accepte. Coup de bol supplémentaire, sa chute a effacé les effets du traitement Ludovico, la musique de Beethoven ne lui provoque plus aucun malaise, et il recommence à rêver de sexe et d’ultra-violence. « Pas de doute, j’étais guéri ! », conclut-il. Au fait, cette histoire d’un cynisme voulu est censée se passer peu après 1970, contrairement à ce que raconte allocine.fr. Aujourd’hui, tout va très bien, madame la marquise.

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