The Bubble (2007)
divulgué le 6 août 2007 par Kinopoivre

C’est Roméo et Juliette version homo, et situé à Tel-Aviv de nos jours – détail shakespearien qu’aucun critique de presse n’a relevé (un ahuri est allé jusqu’à y voir « une version de Friends »…). On vous résume : au cours d’une période militaire, l’Israélien Noam rencontre le Palestinien Ashraf. Revenu à la vie civile, il retrouve le garçon, tous deux conviennent qu’ils s’aiment, et Ashraf, qui n’a pas de papiers israéliens, est hébergé clandestinement et sous un faux nom dans l’appartement que Noam partage avec son ami Yelli, autre homo, et Lulu, une jolie fille sympathique. Jusqu’ici ça va, comme disait le type qui tombait du haut de la Tour Montparnasse et se trouvait à cet instant précis à la hauteur du vingtième étage.
Si vous êtes très politisé, vous allez peut-être suggérer que là se trouve la solution aux bisbilles soixantenaires entre Israël et ses voisins. Nous sommes bien d’accord. Mais, dans sa famille, Ashraf a caché son homosexualité – honnie officiellement dans tous les pays musulmans, quoique pratiquée avec abondance. De sorte que, lorsque sa sœur se marie à Naplouse et qu’Ashraf est bien obligé de s’y rendre pour assister aux réjouissances, il se fait pincer, le maladroit, en train d’embrasser son ami ; le fiancé de la sœur découvre ainsi le pot-aux-roses, et fait un peu de chantage : qu’Ashraf épouse sa sœur à lui, et il ne dira rien.
Tout est donc au mieux dans le meilleur des mondes possible ? Non, car il y a la fin, élément du récit que les amateurs de clichés enjoliveurs de langage qualifieraient sans doute d’« incontournable », histoire de nous dérider sainement avec des mots à la con. Et cette fin, que tu attends en trépignant, lecteur légitimement impatient, flanque par terre la belle histoire disneyenne que tu as lue deux paragraphes plus haut. Là, soucieux de renforcer son propos en faisant sérieux, le réalisateur charge la barque autant que les chaloupes du « Titanic » : le fiancé de la sœur, finement prénommé Jihad (!), s’avère être un chef du Hamas qui prépare un attentat, et on nous en informe avec une rare subtilité, puisque, en pleine cérémonie de son mariage, en présence de tous les invités, il appelle sur son téléphone portable le terroriste désigné, pour confirmer à haute voix qu’il attendra « la nouvelle » en écoutant la radio.
Puis l’attentat a lieu, et Yelli perd l’usage de ses jambes. Après cela, les Israéliens, au cours d’une opération de représailles, tuent la sœur d’Ashraf, qui décide de la venger en commettant un attentat suicide sur le lieu où son ami Noam travaille. Et tous les deux meurent.
Quand on vous dit que c’est Roméo et Juliette ! Revu toutefois par Corneille (mais non, pas le chanteur balladurien), qui nous pondrait de bien beaux vers sur le conflit entre amour et patriotisme - voilà un type qui aurait fait un excellent plumitif pour Allocine.
Choisis ton arme et flingue la fin du film

8 août 2007 à 0:44
J’avais entendu dire que la fin était vraiment nulle. C’est donc vrai.
16 août 2007 à 8:04
enfin quelqu’un qui ne dit pas que du bien de ce film hautement surévalué par la critique !!!
ça fait du bien de lire une telle critique
6 septembre 2007 à 17:07
Pour ma part, j’ai bien aimé ce film (je suis un peu niais), mais c’est vrai que cette fin était bizarre, on ne savait pas trop pourquoi on avait traversé toute l’histoire pour qu’au bout du compte Ashraf décide de se faire sauter la gueule avec son amoureux. Z’ai pas bien compris les motivations des personnages sur ce coup. Pour le coup du “Friends israélien”, c’est juste ridicule.
1 mai 2008 à 21:28
moi j’ai beaucoup aimé ce film mais c’est vrai que c’est un peu pour les filles tant c’est niais.
12 juin 2008 à 8:54
J’ai trouvé vos critiques bien dures.
Il est vrai, la diversité d’opinions est nécessaire pour la critique des arts, sur les autres sites on n’en disait que du bien, ça change.
Personnellement, j’ai été bouleversée par ce film.
Quand à l’état d’âme d’Ashraf vers les dernières scènes, les avis sont partagés. Car, le dernier quart d’heure, il y a très peu de dialogues.
Je me suis posé de nombreuses questions.
1) Pour quelle raison Jihad a-t-il accepté que son cousin le remplace dans sa “mission” pour venger sa femme ? Se serait-il dit “De toute façon c’est un pédé?”, ou encore “Puisqu’il est tellement amoureux de cet Israélien, tant qu’à faire, qu’ils crèvent”. Cela me parait un peu faible comme argument pour prendre une aussi grave décision… En reformulant la question, comment Ashraf a-t-il convaincu son cousin ?
2) Ashraf avait-il vraiment l’intention de tuer des hommes ou avait-il une profonde préméditation : faire croire à son cousin qu’il aller faire sauter les boutiques israéliennes, et reculer au milieu de la rue, afin de ne tuer personne ?
3) Avait-il l’intention de mourir avec Noam ? Mais il ne pouvait pas prévoir le lieu où il se trouverait au moment où… À moins qu’il l’ait localisé via le portable…
4) Noam était-il consentant pour mourir par amour ?
Avait-il eu le temps de constater que son amant cachait des explosifs ?
Il a vu son visage étrangement tragique, s’est rendu compte qu’il se passait quelque chose : mais jusqu’à quel degré ?
Il m’a semblé qu’Ashraf avait légèrement soulevé son blouson afin de lui montrer qu’il cachait quelque chose, me tromperais-je ?
5) Jihad a été rudement rapide pour découvrir les identités et le lieu où habitaient la fausse journaliste et le faux caméraman, car ce n’est pas un hasard si la bombe a été posée près de leur domicile, si ? Mais c’est le cerveau du Hamas, il doit avoir un réseau très “compétent” ou une méthode de recherche très efficace.
6) La radio israélienne explique que “le terroriste a changé d’itinéraire au dernier moment, ce qui a évité une pire tragédie” : comment cette information sera-t-elle reçue des deux côtés ?
7) Et après la mort, que sont-ils devenus ? Ont-ils trouvé un autre monde heureux ?
Voilà : certaines de mes questions peuvent paraître simplettes sur un site aussi critique, mais j’ai voulu ne rien censurer, poser toutes les questions qui me traversaient l’esprit.
Les personnes ayant leurs propres points de vue sont priées de me les communiquer. Merci.
12 juin 2008 à 11:32
Sur le point 4, qui peut croire que Noam était “consentant pour mourir par amour” ? Ce thème est purement littéraire, comme dans le “Roméo et Juliette” que je citais au début. Dans la vie réelle, à moins d’être dans un état physique aussi grave que celui de Vincent Humbert, qui consent à mourir ? N’importe qui préfèrerait voir mourir l’être aimé (voir le passage le plus tragique de “1984”).
Sur le point 7, on reste perplexe : trouver “un autre monde” APRÈS LA MORT ? Ne délirons pas. Si l’un des morts qui me lisent par millions veut apporter son témoignage sur ce à quoi ressemble l’au-delà, qu’il s’empresse de nous contacter !