The Visitor (2008)
divulgué le 29 octobre 2008 par Eric
A la fin, un homme en costume de velours côtelé genre universitaire américain fend la foule d’une grande ville américaine (si tu as regardé le film depuis le début, tu sais qu’on est à Manhattan), un tam-tam sous le bras et un bracelet tissé au poignet. Il descend des escaliers, se retrouve dans une station de métro. Là, il s’assoit sur un banc, tombe la veste, sort le tam-tam de sa housse et commence à en jouer. Autour de lui, les gens commencent à se retourner. Il s’en fout, il accélère le rythme. Il joue salement bien. Cut.
Cet homme, c’est Walter Vale (Richard Jenkins, véritablement excellent), il est professeur d’économie quelque part dans le Connecticut mais possède un appartement à New York, où il tombe un jour qu’il est de passage sur un jeune couple qui y tape le squat: Zainab et Tarek. Tarek est syrien, exilé et, on ne va pas tarder à l’apprendre, en situation irrégulière dans l’Amérique d’après le 11 septembre. Ces trois-là font connaissance, se lient d’amitié, Tarek est musicien comme la défunte épouse de Walter, mais lui c’est du tam-tam qu’il joue, pas du piano: il en enseigne les bases à Walter. Un jour, manque de pot, il se fait contrôler dans une station de métro où il avait suivi Walter, et se fait embarquer par la police.
La suite, c’est juste la suite logique et mécaniquement implacable qui attend les irréguliers dans l’Amérique d’après le 11 septembre (il va de soi qu’une histoire pareille ne pourrait pas arriver en France). Tarek se retrouve interné dans une sorte de blockhaus en plein New York, où il attend les visites de Walter qui sont son unique lien avec le monde extérieur; à l’intérieur, c’est le blackout sur l’info, mais des rumeurs circulent, comme quoi on déplace les gens du jour au lendemain, d’autres prisonniers sont emmenés et disparaissent on ne sait où. On serait dans X-Files, on finirait par les retrouver en petits morceaux dans un hangar en plein champ quelque part en Arizona. Mais comme on est dans quelque chose qui ressemble beaucoup au réel, même s’il y est aussi question de frontières, quand Tarek finit par disparaître, on ne le revoit plus. Il a été renvoyé en Syrie, où sa famille est politiquement indésirable et menacée.
Pourtant, toute la famille va finir par retourner en Syrie: sa mère, également exilée en Amérique et en situation irrégulière, a fini par s’inquiéter de ne plus avoir de nouvelles, elle est venue à New York voir ce qui se passait, est tombée sur Walter dans l’appartement où vivait son fils. Ces deux-là, le professeur fossilisé et la mère, vont apprendre à se connaître, s’apprécier, tomber amoureux. Pour finir, ce retour à la vie, c’est aussi pour Walter un retour à la souffrance et à la colère: il accompagne la mère de Tarek à l’aéroport et lui fait ses adieux, car elle retourne en Syrie veiller sur son fils. Le film se clôt bientôt sur l’image de ce professeur d’université bon teint qui se déchaîne sur son tam-tam dans une station de métro, cette image qui a été reprise pour l’affiche du film. Si tu te demandes pourquoi ledit professeur d’université se trimballe avec un bracelet de couleur au poignet, va falloir aller voir le film, parce que ce n’est pas expliqué sur Allocine.
Choisis ton arme et flingue la fin du film

30 octobre 2008 à 11:58
Quand même, la réalisation est un peu négligente. On voit sans cesse le micro suspendu au bout de sa perche qui apparaît en haut de l’image (remarquez, ça prouve au moins que le projectionniste n’a pas coupé le cadre comme ils le font tout le temps !), et quand les clandestins, syrien et sénégalaise, se parlent en français, ils le font avec un fort accent yankee. On n’a pas trouvé d’acteurs vraiment francophones ? Pourtant, au Canada tout proche, ça ne doit pas manquer.
La scène finale de ce prof d’université qui joue du tam-tam dans le métro est d’une naïveté bien-pensante à tomber par terre…
30 octobre 2008 à 12:30
Comment ça, tu n’as pas versé une larme?
Coeur de pierre, va…
;-)
31 octobre 2008 à 8:37
Je suis la honte de l’humanité.
1 novembre 2008 à 18:12
@Kino : non mais ça va les chevilles ?
2 novembre 2008 à 10:28
J’ai des bandes Velpeau.
3 novembre 2008 à 19:59
Bein, je dois pas avoir de coeur non plus parce que justement je ne trouve pas qu’il ait fait un mélo (ouf ! merci !). La réalisation est très sèche au contraire, un peu à l’image de son héros qui n’est somme toute pas très sympathique, même à la fin. C’est justement ce que j’ai trouvé de bien dans le film malgré que toute l’action soit terriblement téléphonée dès qu’on apprend qu’il ne faut SURTOUT PAS que le sans papiers prennent le métro et que, BIEN SUR, ils s’y engouffrent joyeusement !
Bon, à part ça, j’aime beaucoup Hiam Abbass…
4 novembre 2008 à 8:29
Ce film, couvert de fleurs par la presse, est en fait du genre donneur de leçons. On y voit un Occidental d’âge très mûr et qui ne s’intéresse plus à rien (sinon à son piano, en souvenir de sa femme, et dont il joue mal). En face de lui, deux immigrés clandestins, un Syrien et une Sénégalaise, l’un musicien, l’autre qui fabrique et vend des colifichets – pas du tout des intellectuels, par conséquent. Or c’est le premier qui sera « sauvé » du marasme par les deux autres.
Moralité : il ne faut surtout pas être un penseur au pays de Bush.
Cette manière de penser rappelle la mode, chez nous, qui faisait dire que les enfants sont merveilleux et que nous avons tout à apprendre de ceux qui ne savent rien ; doctrine absurde. Aux États-Unis, c’est encore plus poussé, il FAUT être débile, comme l’ont montré des tas de films : Rain man, Forrest Gump ou Bienvenue mister Chance. En foi de quoi, les Yankees ont fini par élire à la Présidence un débile. Ou, si l’on en croit la thèse de Karl Zéro et de Michel Royer, un type qui joue les débiles pour se faire accepter par ses concitoyens. D’autres films disent à peu près la même chose mais sur un autre thème : c’est un crétin, DONC il aura le Prix Nobel (A beautiful mind, de Ron Howard, en 2001).